Des patients exposés au VIH se verraient refuser un traitement pourtant efficace dans une ambiance de discrimination envers les LGBTQI+… Je dis non et j’interroge le Gouvernement !

Selon certaines sources d’information et notamment des témoignages des associations de terrain (tout récemment médiatisés), certains services des Urgences refuseraient de délivrer le traitement post-exposition (TPE) pour le VIH à certains patients. 

Les infections sexuellement transmissibles (IST) au sein de la population LGBTQI+ qui a ses propres spécificités seraient mal connues par les médecins, c’est interpellant. 

Ces sources font également état de discriminations et des traitements dégradants dans certains hôpitaux du pays envers les patients LGBTQI+.

Ces points, qui selon moi forment un tout, sont donc pour moi l’occasion d’interroger via une question écrite commune deux membres du Gouvernement fédéral : la ministre de la Santé publique, Maggie De Block, et la Secrétaire d’État à l’Égalité des Chances, Zuhal Demir.

Le traitement post-exposition du VIH

Chaque service des Urgences dispose en principe d’un guide à propos de la prophylaxie post-exposition non professionnelle au VIH qui indique quand la trithérapie est « recommandée », « à considérer » ou « découragée ». Pour le dire autrement, même si le patient n’est pas malade, parce qu’il a été dans une situation à risque, des médicaments extrêmement puissants vont lui être donnés afin d’empêcher que le virus du VIH puisse se développer. La prophylaxie, c’est créer un bouclier de défense pour prévenir l’apparition de la maladie.

Les urgentistes n’étant pas spécialisés en infectiologie et en virologie, il est recommandé en cas de doute (cas de figure « à considérer ») de délivrer le kit d’urgence pour le patient. Ce kit comprend en général 4 jours de trithérapie prophylactique, le temps pour le patient de se voir fixer un rendez-vous avec un médecin du centre de référence VIH/SIDA. 

Cet infectiologue spécialisé évaluera la situation et décidera si le traitement doit être poursuivi ou pas pour arriver aux 28 jours préconisés.

Le facteur temps est primordial dans la prise en charge de ces patients qui ont potentiellement été exposés au VIH. La spécificité de cette trithérapie prophylactique réside dans le fait qu’elle doit débuter rapidement après la prise de risque : d’une façon optimale dans les 2 heures après l’exposition mais en tout cas avant 72 heures ! Chaque heure écoulée augmente le risque pour le patient de contracter ce virus. Néanmoins, si le traitement est pris à temps, et bien suivi pendant les 28 jours, son efficacité est alors quasi-totale.

Le rôle premier des Urgences est un rôle curatif, c’est une évidence, mais la prévention permet parfois aussi de sauver des vies, ce qui est le cas avec ce TPE.

Selon les sources d’information citées plus haut, certains médecins urgentistes (confortés par l’infectiologue de garde) ne délivreraient pas le TPE VIH (un traitement préventif donc, pas curatif) à des patients à risque.

Si les faits sont avérés, les patients en question seraient alors clairement exposés à un risque de contracter ce virus. 

La méconnaissance des IST auprès des patients LGBTQI+

En plus de la question du TPE VIH, les associations spécialisées déplorent une méconnaissance de certains praticiens des spécificités des IST au sein de la population LGBTQI+.

Ces patients, nécessitent en effet  un dépistage adapté et plus complet et une prise en charge curative plus globale, ciblée et spécifique.

Par exemple, il n’est pas rare que des médecins généralistes se contentent d’un bilan sérologique (une prise de sang) pour faire le point sur les IST d’un HSH (homme ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes), ignorant les recommandations en la matière et ne réalisant aucun prélèvement microbiologique (un frotti) de la gorge, de l’urètre et du rectum. Concernant le traitement de pathologies assez courantes comme celles à chlamydia trachomatis et à neisseria gonorrhoeae (« chaude-pisse »), des médecins ignorent les recommandations actuelles et la littérature ad hoc à propos des antibiorésistances et le traitement prophylactique du partenaire. 

Les discriminations envers les patients LGBTQI+

Enfin, diverses associations de terrain noteraient également des cas de comportements inadéquats du personnel soignant à l’encontre des patients LBGTQI+ et plus particulièrement des patients homosexuels masculins. 

Les exemples en la matière seraient nombreux : manque de discrétion du personnel médical, paramédical ou d’accueil, jugements de valeurs, réflexions déplacées, actes médicaux rendus douloureux à dessein avec remarques à la clé, etc. 

Ces cas sont encore peu rapportés à la justice et aux institutions ce qui complique le suivi.

UNIA (nouveau nom du Centre Interfédéral pour l’Égalité des Chances), à titre d’exemple, confirme cependant que plusieurs dossiers ont été ouverts dans ce domaine. 

Face aux aspects médicaux, j’ai posé diverses questions à la Ministre De Block

  • J’ai demandé si la Ministre pouvait me confirmer que chaque service des Urgences (et donc que chaque urgentiste) dispose bien d’informations complètes et du guide relatif à l’usage du TPE VIH ?
  • Je souhaitais savoir si des mesures sont envisagées pour améliorer l’accès au TPE et pour une meilleure connaissance de ce traitement envers le public ?
  • De plus, j’ai demandé si des mesures sont prises afin que les Urgences des différents hôpitaux du pays appliquent mieux les recommandations en la matière ? 
  • Enfin, j’ai demandé, si, selon la Ministre, il n’était pas indiqué de prévoir (si ce n’est le cas) dans la formation des médecins (plus particulièrement des urgentistes, des infectiologues et des généralistes) que les lacunes actuelles en matière de détection et de prise en charge des IST (dont une meilleure connaissance du TPE VIH), en particulier dans la population homosexuelle, soient comblées ?

En matière d’égalité des chances, mes questions pour la Secrétaire d’État Demir ont été les suivantes

  • J’ai demandé à la Secrétaire d’État si elle avait connaissance de situations de discriminations avérées dans le milieu médical envers les patients LGBTQI+ ? Et dans l’affirmative si des mesures étaient envisagées pour y remédier ? 
  • J’ai demandé si une campagne de prévention ciblée ne serait pas indiquée ?
  • Enfin, j’ai cherché à savoir si des mesures sont prises afin de signaler les dossiers litigieux aux associations de terrain et également aux autorités judiciaires le cas échéant ?

Plus globalement, pour les deux membres du Gouvernement 

  • De manière générale, j’ai demandé si elles disposaient, dans leurs compétences respectives, de données complémentaires en la matière ? 
  • Je souhaitais aussi savoir si des contacts sont pris avec les entités fédérées dans ce dossier ? Il est en effet important de travailler en synergie avec les différents niveaux de pouvoir.

Les faits rapportés, s’ils sont avérés, sont graves et de natures à mettre en danger la santé de patients. Vous le savez, le combat pour le respect des droits et libertés des personnes LGBTQI+ est important pour moi. Le travail en matière de non-discrimination de cette population dans le domaine de la santé reste important, je ne manquerai pas de vous tenir au courant des réponses du Gouvernement et des actions menées par le groupe PS du Sénat pour plus d’égalité, plus de respect des droits humains et plus de dignité. 

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